Alkéos Conseil & Gestion Privée – Ingénierie patrimoniale à Dijon

Vendre un bien immobilier coûte cher. Entre l’impôt sur la plus-value et les prélèvements sociaux, la facture grimpe vite. Si le vendeur souhaite ensuite donner une partie du prix à ses enfants, une seconde taxation s’ajoute. Ce sont les droits de mutation à titre gratuit. La donation avant cession d’un immeuble permet d’éviter cet empilement fiscal. Elle exige toutefois de respecter un formalisme précis.

Pourquoi la vente d’un immeuble déclenche une double taxation

La plus-value immobilière est imposée à 19 % au titre de l’impôt sur le revenu. Un abattement pour durée de détention vient réduire cette base. Les prélèvements sociaux s’y ajoutent, avec un abattement calculé différemment. Une surtaxe pouvant atteindre 6 % s’applique lorsque la plus-value dépasse 50 000 euros. La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, au taux de 3 ou 4 %, peut également s’ajouter.

L’exonération totale n’intervient qu’après 22 ans de détention pour l’impôt sur le revenu. Il faut attendre 30 ans pour les prélèvements sociaux. Avant ces délais, la fiscalité reste lourde.

Quelques opérations peuvent toutefois échapper à cette taxation. La vente de la résidence principale en fait partie, tout comme les cessions inférieures à 15 000 euros. La première cession d’un logement autre que la résidence principale, en vue d’acheter celle-ci, est aussi concernée. Les personnes retraitées ou invalides de condition modeste bénéficient également d’un régime favorable, sous conditions. En dehors de ces cas, la fiscalité de la plus-value reste presque toujours due.

Le propriétaire veut parfois transmettre le prix de vente à ses enfants. Les droits de donation s’ajoutent alors à cette première imposition. C’est cet empilement que la donation avant cession d’un immeuble cherche à éviter.

Le principe : inverser l’ordre des opérations

Plutôt que de vendre puis de donner, le propriétaire donne d’abord l’immeuble. Ce sont ensuite les donataires, ses enfants, qui procèdent à la vente. Seuls les droits de donation seront exigibles, calculés sur la valeur du bien transmis. La plus-value, elle, se trouve purgée sur le bien donné.

Cette stratégie s’adresse en priorité à ceux qui détiennent un immeuble depuis moins de 30 ans. Elle vise aussi les propriétaires qui ne peuvent bénéficier d’aucune exonération. Elle répond à un double objectif. Transmettre un capital aux enfants, et alléger la fiscalité de la vente.

Pleine propriété ou démembrement : deux options pour garder la main

Une donation avant cession d’un immeuble peut porter sur la pleine propriété du bien. Elle peut aussi ne porter que sur la nue-propriété. Dans ce second cas, le donateur conserve l’usufruit. Il garde ainsi un certain contrôle sur le bien ou sur le prix de vente. Attention toutefois : si la donation ne porte que sur la nue-propriété, seule la plus-value correspondante sera purgée.

Deux mécanismes permettent d’organiser ce contrôle. Le remploi consiste à réinvestir le prix de vente dans un nouveau bien. Ce nouveau bien sera lui aussi démembré, dans les mêmes proportions. Un contrat de capitalisation, une assurance-vie ou un autre immeuble peuvent servir de support. Le quasi-usufruit, lui, laisse au donateur la libre disposition des fonds. Il devra restituer cette somme à son décès. Les nus-propriétaires détiennent alors une créance de restitution dans sa succession.

Le choix entre ces deux options a des conséquences fiscales. La déductibilité de la créance de restitution issue d’un quasi-usufruit est encadrée depuis 2020. L’administration examine plusieurs indices pour vérifier l’absence de but principalement fiscal. Le délai entre le démembrement et la vente en fait partie, tout comme l’implication réelle du nu-propriétaire dans la décision.

### L’IFI après la vente

Le sujet de l’IFI mérite une attention particulière après une donation avant cession d’un immeuble. En cas de démembrement, l’usufruitier reste imposable sur la valeur en pleine propriété. Cela vaut pour le bien initial comme pour celui acquis en remploi. Le quasi-usufruitier, en revanche, n’est pas imposable sur les capitaux laissés à sa libre disposition. Cette différence peut orienter le choix entre remploi et quasi-usufruit.

Les conditions impératives pour sécuriser l’opération

Deux règles conditionnent la validité de la donation avant cession d’un immeuble. La chronologie doit d’abord être scrupuleusement respectée. La donation doit précéder la vente, c’est-à-dire le transfert de propriété. Si ce n’est pas le cas, l’administration fiscale requalifie l’opération. Elle considère alors que la donation porte sur le prix de vente.

Cette question du transfert de propriété se complique lorsqu’un avant-contrat a déjà été signé. Dans le cas d’une promesse unilatérale de vente, la donation reste possible jusqu’à la levée d’option par l’acquéreur. Dans le cas d’un compromis assorti de conditions suspensives, elle reste possible jusqu’à la réalisation de la dernière condition. Il est donc recommandé d’encadrer précisément ces dates dans la rédaction de l’avant-contrat.

La réalité de la donation doit ensuite être démontrée. Le donateur doit se dessaisir immédiatement et irrévocablement du bien. Toute réappropriation du prix de vente expose l’opération à un risque. Un reversement des fonds par les donataires en est un exemple typique.

L’acte de donation doit obligatoirement être notarié, sous peine de nullité. Le donateur peut y prévoir certaines clauses protectrices. Une réserve d’usufruit ou une obligation de remploi sont possibles. La désignation d’un tiers administrateur peut aussi être prévue en présence d’un enfant mineur. Ces clauses ne remettent pas en cause la réalité du dépouillement.

### Donation simple ou donation-partage

Le propriétaire peut opter pour une donation simple ou pour une donation-partage. La seconde présente des avantages juridiques, mais elle exige de constituer un lot distinct pour chaque enfant. Si cette répartition n’est pas encore possible, une donation simple peut être réintégrée plus tard dans une donation-partage. Cette solution permet de ne pas figer prématurément le partage entre les enfants.

Le risque d’abus de droit, un point de vigilance central

L’administration fiscale peut requalifier une donation avant cession d’un immeuble. Cela arrive si elle estime que l’opération poursuit un but principalement fiscal. Depuis le 1er janvier 2020, ce critère élargi facilite les redressements. L’ancienne notion de but exclusivement fiscal était plus restrictive.

Certaines pratiques sont jugées risquées par la jurisprudence. L’encaissement du prix par le donateur en fait partie, tout comme un reversement ultérieur des fonds. Une restriction excessive des droits des donataires est également visée. Le Conseil d’État a déjà sanctionné un quasi-usufruit constitué juste après la vente. Le cas visé : un acte de donation qui prévoyait initialement un remploi. À l’inverse, un simple délai bref entre donation et vente ne suffit pas. Il ne caractérise pas, à lui seul, un abus de droit.

Dans une donation avant cession d’un immeuble, certaines clauses restent en revanche parfaitement valables. L’interdiction d’aliéner le bien du vivant des donateurs en fait partie. L’obligation de remploi dans un autre immeuble ou dans un contrat d’assurance-vie est également admise. Le Conseil d’État a validé, de son côté, un quasi-usufruit sur le prix de vente. Une condition s’impose : un acte enregistré avant la cession.

Pour sécuriser l’opération, il est recommandé d’espacer la donation et la vente. Mieux vaut aussi éviter certaines clauses dans l’acte de donation. Celles qui anticipent trop précisément le sort du prix de cession sont à limiter. Ce point compte particulièrement lorsque la donation porte sur la nue-propriété.

D’autres points à vérifier avant de se lancer

Certains dispositifs fiscaux de faveur imposent un engagement de location. C’est le cas des dispositifs Pinel, Denormandie, Duflot, Scellier, Malraux ou Censi-Bouvard, par exemple. Une donation pendant cette période remet en cause l’avantage fiscal obtenu. D’autres dispositifs exigent un engagement de conservation, comme pour les monuments historiques ou les bois et forêts. La donation ne remet pas en cause l’avantage, à condition que le donataire reprenne l’engagement pour la durée restante. C’est alors la vente par le donataire qui déclenchera, le cas échéant, la remise en cause.

Un déficit foncier imputé sur le revenu global mérite aussi d’être vérifié. Il faut regarder les trois dernières années avant toute opération. Ces éléments techniques justifient un accompagnement personnalisé. La donation avant cession d’un immeuble touche à des enjeux civils, fiscaux et patrimoniaux imbriqués.

Construire une transmission sur mesure

La donation avant cession d’un immeuble reste une stratégie exigeante. Chaque situation familiale, chaque montage juridique, appelle une analyse propre. Le choix entre pleine propriété et démembrement se prépare avec soin. Le calibrage du quasi-usufruit, la rédaction de l’acte notarié et le respect de la chronologie s’anticipent aussi.

Alkéos Conseil & Gestion Privée accompagne les propriétaires souhaitant transmettre leur patrimoine. Un premier échange permet de faire le point sur votre situation. Il permet aussi d’évaluer la pertinence de cette stratégie avant toute vente. Contactez notre cabinet pour construire une transmission adaptée à votre famille et à votre projet de vie.