Alkéos Conseil & Gestion Privée – Ingénierie patrimoniale à Dijon

Vous dirigez une société soumise à l’impôt sur les sociétés et vous vous posez la question : sur quels supports placer ma trésorerie d’entreprise ? Peut-être avez-vous vendu un actif, accumulé des excédents de trésorerie, ou simplement choisi de ne pas distribuer vos bénéfices. Dans tous les cas, laisser ces liquidités dormir sur un compte courant professionnel est une erreur patrimoniale que peu de dirigeants peuvent se permettre à long terme.

Parmi les solutions disponibles, le contrat de capitalisation souscrit par une société à l’IS constitue l’un des outils les plus complets. Diversification, fiscalité lissée, transmission facilitée : voici ce qu’il faut savoir avant de prendre une décision.

Temps de lecture : 11 minutes


Sommaire :

  • 1. Pourquoi se poser la question du placement de trésorerie d’entreprise ?
  • 2. Qu’est-ce qu’un contrat de capitalisation ?
  • 3. Quel placement pour la trésorerie d’une société IS ? Les supports disponibles
  • 4. Comment placer ma trésorerie : les modalités pratiques de souscription
  • 5. Placement de trésorerie d’entreprise : la fiscalité du contrat de capitalisation à l’IS
  • 6. Avantages et limites : ce qu’il faut peser avant de souscrire

1. Pourquoi se poser la question du placement de trésorerie d’entreprise ?

Une société à l’IS peut se retrouver avec des capitaux disponibles pour plusieurs raisons : trésorerie excédentaire générée par l’activité, produit de la cession d’un actif, arrêt de l’activité opérationnelle, ou encore apport en compte courant d’associé. Ces sommes méritent donc d’être mises au travail.

Placer la trésorerie de sa société sur un contrat de capitalisation permet, simultanément, de faire fructifier ces capitaux et de diversifier le patrimoine de la structure. Cela permet également d’anticiper une transmission dans des conditions fiscales optimisées. C’est ainsi une stratégie à triple détente, à condition d’en maîtriser les ressorts.

2. Qu’est-ce qu’un contrat de capitalisation ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet fiscal, rappelons l’essentiel. Le contrat de capitalisation est un produit d’épargne souscrit auprès d’une compagnie d’assurance. Sa durée est déterminée, généralement entre 4 et 30 ans, et il est éventuellement prorogeable. Il permet des rachats en cours de vie et offre des supports d’investissement variés : fonds euros, unités de compte (obligations, OPCVM, SCPI, OPCI, produits structurés, fonds alternatifs).

Il fonctionne de manière très similaire à l’assurance-vie en termes de gestion. Toutefois, il s’en distingue sur deux points : l’absence de clause bénéficiaire en cas de décès et une fiscalité successorale différente. Ces particularités en font un outil à part entière pour la détention en société.

À noter : les termes « bon de capitalisation » et « contrat de capitalisation » désignent en pratique le même produit. Le régime de l’anonymat, autrefois associé aux bons au porteur, a été supprimé depuis le 1er janvier 2018.

3. Quel placement pour la trésorerie d’une société IS ? Les supports disponibles

C’est souvent la première question concrète : quel placement pour une trésorerie de société ? Le contrat de capitalisation offre plusieurs niveaux de risque et de rendement.

Les fonds en euros garantissent le capital. Mais attention : ils sont théoriquement réservés aux sociétés patrimoniales et aux holdings non animatrices. Ces structures ont pour activité principale la gestion de leur propre patrimoine. En revanche, une société ayant une activité opérationnelle, commerciale, artisanale ou libérale ne peut en principe pas y accéder, en vertu des règles déontologiques de la Fédération Française de l’Assurance.

Les unités de compte, elles, sont accessibles à toutes les formes de sociétés sans distinction. Elles offrent une palette large : obligations, parts d’OPCVM, SCPI, OPCI, produits structurés, fonds d’investissement alternatifs (depuis la loi PACTE). Ainsi, le niveau de risque varie selon les supports choisis.

Le dirigeant peut opter pour une gestion libre, profilée ou déléguée sous mandat, selon ses préférences et sa disponibilité. Les arbitrages entre supports restent possibles en cours de vie du contrat.

Un point important : en cas de prise de risque excessive, la société ne subit aucune pénalité fiscale. En effet, le Conseil d’État a abandonné depuis 2016 la qualification d’acte anormal de gestion dans ce cas de figure. De plus, la société peut déduire les pertes éventuelles.

4. Comment placer ma trésorerie : les modalités pratiques de souscription

La souscription avec les fonds propres de la société

C’est le cas le plus courant. La société utilise sa trésorerie disponible pour alimenter le contrat. Pas de versement minimum (hors contrats haut de gamme), aucun plafond.

Une précision importante : les contrats souscrits par des sociétés s’alimentent en principe par une prime unique. En cas de nouveau versement, mieux vaut souscrire un nouveau contrat plutôt qu’effectuer un versement complémentaire. En effet, les implications fiscales liées au taux moyen d’emprunt d’État (TME) pris en compte à la souscription le justifient.

La cession ou l’apport d’un contrat existant

Un associé personne physique détenant déjà un contrat de capitalisation peut le céder ou l’apporter à la société. L’opération présente un intérêt particulier lorsque le contrat est en moins-value. Le souscripteur doit alors notifier la mutation à la compagnie d’assurance. Celle-ci doit par ailleurs être techniquement capable de basculer d’un environnement fiscal « personne physique » vers celui de l’IS.

Créer une société dédiée

Il est également possible de constituer une société spécifiquement pour porter le contrat. Dans ce cas, l’apport en compte courant d’associé est recommandé. Il permet, en effet, de récupérer les liquidités sans fiscalité (via remboursement du compte courant), de réduire la valorisation des parts en cas de donation, et de bénéficier potentiellement du taux réduit d’IS à 15 %.

5. Placement de trésorerie d’entreprise : la fiscalité du contrat de capitalisation à l’IS

C’est ici que le mécanisme se distingue fondamentalement de la détention en nom propre. La taxation obéit à des règles spécifiques qu’il faut bien comprendre.

La taxation annuelle forfaitaire

En l’absence de rachat, la société supporte chaque année une imposition sur la base d’un rendement forfaitaire. Ce rendement forfaitaire est égal à 105 % du TME (taux moyen d’emprunt d’État) connu à la souscription, appliqué au montant nominal du contrat. Cette taxation reste indépendante de la performance réelle du contrat.

La formule est la suivante : IS × montant nominal × (105 % × TME).

Si le TME était négatif à la souscription (ce qui a été le cas entre juillet 2019 et mars 2021), aucune taxation annuelle n’est due. Toutefois, une taxation au fil de l’eau peut s’avérer plus avantageuse qu’une taxation unique à terme. C’est notamment le cas lorsqu’elle permet de rester dans la tranche du taux réduit d’IS à 15 % (applicable jusqu’à 42 500 € de bénéfice annuel).

Les arbitrages entre supports ne déclenchent aucune imposition. Le contrat ne taxe pas non plus les plus-values latentes. En revanche, les moins-values latentes donnent lieu à une provision pour dépréciation déductible. La société doit reprendre cette provision lorsque le contrat reprend de la valeur.

La régularisation au moment du rachat

La taxation forfaitaire annuelle constitue une avance d’IS. La société la régularise lors du rachat. À ce moment, on compare le gain réel constaté avec le cumul des gains théoriques déjà taxés. Deux situations sont alors possibles :

  • Si la performance réelle est supérieure au cumul forfaitaire déjà taxé : un complément d’IS est dû.
  • Si la performance réelle est inférieure : la société peut déduire le trop-imposé, voire générer un déficit reportable.

Par ailleurs, les revenus n’entrent jamais dans l’assiette des prélèvements sociaux, quel que soit le scénario.

La distribution aux associés

Les associés ne subissent aucune imposition personnelle tant que les résultats restent dans la société. Lorsqu’une distribution est envisagée, deux voies s’ouvrent :

  • Le remboursement de compte courant d’associé : aucune fiscalité supplémentaire, il s’agit du remboursement d’une créance.
  • La distribution de dividendes : imposition au PFU (taux global de 31,4 %) ou, sur option globale, au barème progressif de l’IR après abattement de 40 %, auxquels s’ajoutent 17,2 % de prélèvements sociaux.

Un point de vigilance : la distribution suppose l’existence d’un résultat comptable distribuable. Or, en raison des provisions pour dépréciation et des amortissements, une société peut disposer de trésorerie tout en affichant un résultat comptable nul ou négatif. Dans ce cas, seule la voie du compte courant d’associé permet d’appréhender les liquidités sans fiscalité complémentaire.

6. Avantages et limites : ce qu’il faut peser avant de souscrire

Ce que le contrat de capitalisation apporte réellement

Au-delà du placement pur, la stratégie offre des leviers patrimoniaux et opérationnels concrets.

Sur le plan de la gestion courante, le contrat permet de placer et faire fructifier les revenus et prix de vente des actifs détenus par la société. Il conserve en outre une disponibilité permanente du capital : rachats partiels ou totaux et avances sont possibles à tout moment, de manière régulière ou ponctuelle selon les besoins. La diversification est large : fonds euros, actions, obligations, immobilier, OPCVM et bien d’autres supports sont accessibles selon la nature de la société. Les fonds euros offrent par ailleurs une garantie de capital pour les structures qui y ont accès. La gestion est simplifiée : une seule ligne comptable suffit, et le dirigeant peut confier le contrat à un mandataire. Les statuts permettent en outre d’organiser librement les pouvoirs de gestion.

Sur le plan patrimonial et successoral, le dirigeant peut transmettre les titres de la société en nue-propriété aux enfants, à moindre coût fiscal lorsque la société est endettée via compte courant d’associé. Cette approche permet au donateur de conserver les revenus, le contrôle de la société et la gestion du contrat. Une donation-partage sur les titres permet de figer les valeurs à la date de l’acte. Enfin, l’usufruitier conserve la faculté de percevoir les revenus dont il a besoin, dans la limite du résultat distribuable, ou de les capitaliser en les mettant en réserve.

Enfin, le contrat peut servir de garantie à un emprunt in fine via nantissement. La société peut alors déduire les intérêts d’emprunt de son résultat, ce qui n’est pas possible lorsque les capitaux sont utilisés directement sans recours à l’emprunt.

IFI et contrat de capitalisation en société IS

Les contrats de capitalisation détenus par des sociétés soumises à l’IS entrent dans l’assiette de l’IFI, mais uniquement à concurrence des unités de compte investies en immobilier. En revanche, la partie investie en fonds euros n’entre pas dans l’assiette imposable.

Point de vigilance : lorsque la société constitue un bien professionnel pour le redevable, la trésorerie investie en actifs immobiliers reste néanmoins taxable à l’IFI. Il existait autrefois, sous le régime de l’ISF, une tolérance permettant d’exonérer cette trésorerie détenue au sein d’un actif professionnel. Toutefois, cette tolérance n’a pas été reconduite à l’IFI.

Par ailleurs, la maîtrise de la distribution des revenus et l’existence d’un passif social (comptes courants d’associés notamment) permettent de réduire la valeur des titres soumis à l’IFI. Cela permet également d’optimiser le revenu fiscal de référence (RFR) ainsi que le plafonnement de l’IFI.

Les points de vigilance

Tout n’est pas rose. Le placement est par nature de moyen ou long terme. De plus, les frais d’entrée, de gestion et d’arbitrage peuvent varier sensiblement d’un établissement à l’autre, notamment sur les contrats haut de gamme. Les fonds euros restent théoriquement réservés aux sociétés patrimoniales et holdings non animatrices : les sociétés opérationnelles n’y ont pas accès. En outre, un retrait sur fonds euros avant le terme de la 4e année expose la société à des frais de remboursement anticipé. Concrètement, cela se traduit par la privation de tout ou partie du rendement de l’année concernée. Enfin, dans certains cas, l’impossibilité d’appréhender les revenus en l’absence de résultat comptable distribuable peut contraindre les associés à passer uniquement par le remboursement de leur compte courant d’associé.

Les SEL (sociétés d’exercice libéral) et SPFPL font l’objet d’une attention particulière : leur objet social est en principe exclusivement libéral, ce qui peut rendre incompatible un développement patrimonial important via contrat de capitalisation.

Depuis les exercices clos à compter du 31 décembre 2026, une taxe sur le patrimoine non opérationnel s’applique aux holdings répondant à quatre critères cumulatifs : assujettissement à l’IS, valeur vénale des actifs supérieure ou égale à 5 millions d’euros, au moins 50 % de revenus passifs, et contrôle par une personne physique. Le taux est de 20 % sur la valeur vénale des biens somptuaires et immobiliers de jouissance. Toutefois, le contrat de capitalisation lui-même est exclu de l’assiette de taxation.

Ce qu’il faut retenir sur le placement de trésorerie d’entreprise via contrat de capitalisation

Sur quels supports placer sa trésorerie d’entreprise ? Ce n’est pas une question à traiter à la légère. Le contrat de capitalisation souscrit par une société à l’IS est un outil puissant, à condition d’en maîtriser les contraintes : horizon d’investissement, fiscalité annuelle forfaitaire, nature des supports accessibles selon la forme juridique de la société, et articulation avec la stratégie de transmission.

Il ne remplace pas une analyse patrimoniale globale. Il en est, dans de nombreux cas, l’un des piliers.